Alain Milliat, l’entrepreneur qui rafraîchit avec ses jus de fruits et son humanité

Comment passer d’agriculteur à créateur de jus de fruits haut de gamme ? En regardant par-dessus la clôture… et en écoutant les gens ! Rencontre avec Alain Milliat, un entrepreneur profondément humain et attentionné.
Comment es-tu devenu entrepreneur ?

J’ai grandi dans une famille d’agriculteurs et j’ai repris la ferme familiale au sud de Lyon pendant 15 ans. Un jour, j’ai voulu voir ce qu’il y avait de l’autre côté de la clôture ! Plusieurs raisons m’ont fait passer le cap : je voulais une aventure enrichissante humainement pour ne plus être seul dans mes vergers et je voulais valoriser mes fruits. Alors je les ai transformés en jus de fruits et je suis parti les vendre. 

Comme je n’avais aucun contact, ni même jamais vu un grand hôtel, un restaurant gastronomique ou une belle boutique, j’ai décidé de suivre mon instinct. J’ai contacté 60 sommeliers trouvés dans un guide parce que ce sont eux qui ont le palais aiguisé. Et 55 d’entre eux m’ont répondu pour goûter mes jus.

Comment s’est développée ta société ?

J’ai créé des jus de fruits et des nectars haut de gamme qui allient le plaisir et la gourmandise.

Pendant les 10 premières années, je ne transformais pas moi-même mes fruits. Puis en 2017, j’ai acheté une confiturerie dans les Pyrénées pour y installer un atelier de jus de fruits. Mais c’était trop loin du lieu de culture des fruits. Maintenant, nous avons une usine à Valence, au plus près des vergers, et des équipes à Paris, soit 45 personnes au total.

Notre particularité est de vendre nos jus directement à nos 4 500 clients professionnels, sans aucun distributeur et directement en ligne aux particuliers. Ce contact direct avec nos clients (hôtels, restaurants, boutiques, snacking…) nous permet de suivre les évolutions des tendances de consommation.

Par exemple, la restauration snacking haut de gamme s’est développée. C’est une clientèle pressée, donc qui veut manger rapidement, mais qui fait très attention à ce qu’elle mange, donc qui demande des produits de grande qualité, sains et souvent bio. Autre grande tendance du marché : la consommation d’alcool diminue dans la restauration traditionnelle. Nos jus de fruits haut de gamme sont une alternative heureuse. De même, dans l’hôtellerie, l’offre de petits-déjeuners, de brunchs et des mini-bars s’est considérablement améliorée.

C’est très vivifiant pour nos équipes de travailler sur un marché dynamique qui permet de créer toujours des nouveaux produits. La nouvelle envie du marché ? Réduire le sucre !

Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

Un entrepreneur est une personne libre, fantaisiste et instinctive. Un entrepreneur doit tout faire pour que ses collaborateurs soient heureux de travailler ensemble pour qu’ils puissent être créatifs et impliqués. Et il doit reconnaître ses erreurs, présenter ses excuses quand il s’est trompé. 

Un entrepreneur doit aussi être généreux et avoir de la considération pour les gens qui l’entourent. Si tu fais attention à l’autre, l’autre te donne beaucoup. J’aime profondément les gens dans leur globalité avec leurs forces et leurs faiblesses. C’est tellement enrichissant d’écouter les gens. Je suis très attentif aux personnes qui m’entourent et cela est contagieux, à leur tour, ils prennent soin des autres. Travailler dans la joie et être bien ensemble, être contents d’avoir des gens différents autour de nous qui regardent dans le même sens, pouvoir parler des difficultés comme des succès, cela ne coûte rien et rapporte à tous. Tout devient plus simple, plus agréable. L’humain est la première source de valeur d’une entreprise.

Un fonctionnement basé sur l’humain n’empêche pas la performance.

Le propre d’une entreprise est d’être performante. Et il faut inclure toute l’équipe aux victoires. Quand on gagne un nouveau marché, c’est aussi bien grâce aux efforts des équipes logistiques qui ont réussi à surmonter tous les problèmes qui ne manquent jamais d’arriver, qu’aux commerciaux qui ont bien négocié.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut devenir entrepreneur ?

De savoir écouter, mais écouter vraiment, être attentif aux autres, donc aimer les gens. Les bonnes décisions sont très souvent prises sur les conseils, les visions, les ressentis et les idées de mes collaborateurs. Je ne suis que le chef d’orchestre !

Je pense aussi qu’il ne faut pas devenir entrepreneur pour gagner de l’argent mais pour faire gagner de l’argent à son entreprise. Si tu entreprends pour devenir riche, ce n’est pas un bon choix.

Un dernier conseil est de faire du temps son allié. Le temps doit être un ingrédient majeur dans toute démarche d’entreprise. Il faut prendre le temps de développer une entreprise sur le long terme, avec des produits qui s’enrichissent, avec un discours qui se précise, etc. 

Quel livre t’a profondément marqué ?

Je lis très peu, plutôt des essais, des nouvelles et des poèmes. J’ai beaucoup aimé « La Présence Pure » de Christian Bobin. Ce recueil de poèmes et de pensées replace l’Homme au milieu des éléments, aborde la contemplation et nous fait vivre la beauté du monde et l’espérance. Certaines phrases sont rassasiantes. L’arbre est devant la fenêtre du salon. Je l’interroge chaque matin : « Quoi de neuf ce matin ? » La réponse vient sans tarder, donnée par des centaines de feuilles : « Tout. »

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