Alexandre Leforestier, l’entrepreneur mélomane 

À la fin de son stage d’études de musique, Alexandre Leforestier rachète la maison de disques dans laquelle il a fait ce stage et plonge dans le grand bain de l’entrepreneuriat. S’en suivent des aventures rocambolesques avec en point d’orgue un record dans le Guinness Book ! Loin des clichés, il met en garde les jeunes sur l’envers du décor de l’entrepreneuriat. Rencontre avec un entrepreneur passionné et raisonné.

Comment es-tu devenu entrepreneur ?

Lors de mon cursus à l’université de musique de Paris, j’ai effectué un stage dans une petite maison de disques. Je me suis complètement investi dans cette société qui était en faillite. Alors à la fin de mon stage… j’ai racheté la moitié des parts ! Mon entourage me disait que c’était insensé, mais il y avait tout à faire, c’était passionnant. Avec l’arrivée d’Internet, j’ai senti qu’il y avait quelque chose à faire dans le domaine de la musique. Je ne pouvais pas laisser passer cette occasion qui se présentait, même si j’ai dû contracter deux emprunts pour racheter ces parts.

Tu as réussi à redresser la maison de disques ?

Avec mon associé, nous avons mis 4 ans à redresser la société. On vendait des disques aux magasins et on s’est lancé dans la distribution digitale BtoB : on numérisait la musique pour en faire un fichier qu’on livrait aux premières plateformes de musique comme Napster, Fnac musique, Virgin Mega… C’était bien avant l’arrivée de iTunes.

En 2005, nous sommes même rentrés dans le Livre Guinness des records avec le produit le plus vendu de l’industrie de la musique. Pour le 250ème anniversaire de la naissance de Mozart, nous avons décidé de vendre un coffret regroupant l’intégralité de ses œuvres en 170 CD à 99 €. Cela a provoqué un scandale dans le milieu. Certains parlaient de « yaourtisation du disque » parce qu’ils pensaient que nous dévalorisions la musique classique. D’autres ont même ouvert une pétition contre ce coffret. Et tout ça nous a fait une pub formidable. En fait, nous avons démocratisé la musique classique grâce à ce coffret et nous avons pu bénéficier d’une promotion hallucinante dans les médias généralistes. Au final, après bien des pérégrinations, nous avons vendu 400 000 coffrets, soit plus de 68 millions de CD. Mozart était plus fort que Michael Jackson !
Cette aventure m’a beaucoup appris. J’ai surtout appris à gérer tous les conflits avec les concurrents, les commerciaux, comme la DGCCRF. Et j’ai appris à gérer la logistique d’une très grande opération : il a fallu les acheminer ces 400 000 coffrets vendus. Or 40 000 coffrets, cela représente déjà 10 semi-remorques !

Quelle est ta nouvelle aventure entrepreneuriale ?

Je lance une plateforme de mise en relation de créateurs : Panodyssey. Notre mission ? Réinventer l’industrie des médias pour créer de la valeur autrement, sans publicité. Une partie de la population ne se retrouve pas dans les usages des médias, qui passe beaucoup par les réseaux sociaux. Nous voulons réenchanter cet usage avec un algorithme de curiosité. Quand je me rends à un rendez-vous d’affaires, je n’ai pas envie de découvrir la même chose que quand je suis sur une plage avec mes enfants, mon humeur et mon envie ne sont pas les mêmes.

Toute forme de créateur peut être sur Panodyssey : auteurs, chercheurs, journalistes, artisans… Ils mettent en valeur leurs créations avec du texte, de l’audio, de la vidéo, du dessin et de la photo. Mais surtout, ils peuvent collaborer entre eux. Par exemple, un artisan peut demander une collaboration avec un traducteur pour atteindre un marché international, un photographe et un rédacteur peuvent mettre en valeur et enrichir ce même savoir-faire artisanal authentique, etc.

Panodyssey, c’est un moteur de sérendipité dont la passion est le super carburant !

Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

Un entrepreneur est quelqu’un qui n’a pas peur. Il est fou parce qu’il invente, il défriche des chemins et il se prend souvent des refus, mais il reste pragmatique. Un entrepreneur devrait être à la fois créatif et opérationnel. Des couples d’entrepreneurs se forment souvent parce qu’une seule personne ne peut pas avoir toutes les qualités nécessaires. J’ai toujours été associé dans mes aventures entrepreneuriales à quelqu’un qui me complétait.

L’entrepreneuriat est un choix de vie. Comme on vit rarement seul, ce choix impacte tout l’entourage, la famille et les enfants, voire les enfants qu’on ne fait pas. Plus on vieillit, plus l’entrepreneuriat est courageux parce que cela signifie dire non aux sirènes du confort.

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ?

On parle peu de l’envers du décor de l’entrepreneuriat. Selon les chiffres officiels, 1 startup sur 10 fonctionne. Que deviennent les entrepreneurs des 9 autres ? Autre chiffre : la France est très fière d’avoir envoyé 400 startups au CES de Las Vegas cette année. Mais personne ne parle du côté très précaire de tout cela. Il faut avoir conscience des risques que monter une startup entraînent. Et la contrepartie de ces risques, ce sont des aventures qui peuvent être très douloureuses sur le plan psychologique et familial. On préfère mettre en avant les success stories qui brillent et qui font de l’audience. Pourtant, on devrait parler des échecs pour informer les gens et prévenir les jeunes des conditions qui les attendent. La culture de l’échec commence à prendre forme mais il nous reste des progrès à faire. Ceci étant dit, créer, entreprendre et fédérer autour d’un projet que l’on porte est une expérience incroybablement enrichissante et épanouisssante. C’est un rêve qui mérite d’être vécu !

Comment te formes-tu en tant qu’entrepreneur ?

Je suis curieux de nature, je picore et je me nourris de l’expérience des autres. J’aime bien fréquenter des univers différents, c’est très enrichissant. Pour Panodyssey, on a rencontré plus de 1 000 personnes d’une dizaine de nationalités. C’est ça qui a fait ma formation !
Je lis beaucoup aussi. Ma grande passion, ce sont les humanoïdes. Je te recommande  « 24 heures d’innovations » d’Éric Dosquet parce qu’il rend l’innovation accessible sans aucun parti pris.

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