Benjamin Zimmer, l’entrepreneur au service des seniors

Entrepreneur, business angel, auteur, conférencier… Benjamin Zimmer déploie tous ses talents au service de l’entrepreneuriat et de nos séniors au sein de la Silver économie. Rencontre avec un homme au grand cœur qui prend soin de nos aînés.
Comment es-tu devenu entrepreneur ?

On ne le devient pas, on l’est ou on ne l’est pas.

D’abord, j’ai suivi des études d’ingénieur en biomécanique. J’ai appris à régler des prothèses comme un orfèvre et j’ai voulu changer le regard des gens sur le handicap en m’investissant dans l’association Vagdespoir. En effet, quelques années auparavant, j’avais halluciné devant des gens incrédules face à un ami qui s’était cassé son pied de prothèse en faisant du ski. Oui, on peut faire du ski avec un pied de prothèse !

Ma première approche du vieillissement a eu lieu pendant mon stage dans un centre de rééducation : la majorité des amputations sont liées à l’âge, pas à un accident. J’ai découvert que nos aînés étaient traités comme des patients à soigner, et non comme des personnes. Jamais on ne leur demandait ce qu’ils voulaient vraiment, il n’y avait aucun accompagnement à domicile après la pose d’une prothèse.

Lors d’une formation doctorale en gérontologie au Québec, j’ai appris comment mieux accompagner les séniors et surtout qu’on est tous le sénior de quelqu’un ! Rentré en France, j’ai passé un doctorat en génie industriel à l’école Centrale Paris pour structurer une organisation et l’accompagnement des startups dans la filière de la Silver économie. Cette organisation est passée de thèse, à association et elle est devenue la Silver Valley, avec maintenant plus de 300 adhérents. L’objectif principal est de faire travailler ensemble les entreprises et les institutions publiques et privées pour que les personnes âgées vivent mieux, en les faisant participer activement pour recueillir leurs avis, leurs idées, leurs besoins, etc.

Qu’est-ce que la filière de la Silver économie ?

La Silver économie est une filière créée en 2013 par Arnaud Montebourg et Michèle Delaunay, alors au gouvernement. Ils ont réuni les acteurs intéressés pour imaginer une filière qui crée de la valeur, qui crée des emplois en répondant aux besoins des personnes de plus de 60 ans, celles qui ont les tempes grises. Nous devons faire face à transition démographique sans précédent. Deux chiffres marquants : l’année prochaine, 1 Français sur 3 aura plus de 65 ans et en 2100, 3 milliards de terriens auront de plus de 60 ans. La différence avec les autres filières économiques comme l’aéronautique, l’énergie ou l’automobile, c’est que la filière de la Silver économie n’est pas centrée sur un produit mais sur une clientèle particulière. La France est aujourd’hui, le seul pays au monde à avoir organisé une filière entière pour ses séniors. Dans cette filière, mon travail consiste à suivre la maxime de Oscar Wilde : « Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie, mais plutôt essayer de rajouter de la vie à ses années. ».

Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

Un entrepreneur est quelqu’un qui a envie de réaliser ses rêves, qui a l’audace de faire ce qu’il dit et de dire ce qu’il fait. Il ne veut pas être l’objet d’une entreprise mais son sujet. Être entrepreneur, c’est être créatif, disruptif, ouvert, curieux, audacieux, résilient et un peu mégalo pour pousser les autres à adopter son rêve de changer le monde. C’est aussi avoir un grand cœur, une énergie folle et dévorante pour créer de la valeur en réponse à un ou des défis de la société. J’ai choisi le vieillissement. Ma volonté est de changer la vie de ceux qui sont oubliés, fragiles et parfois dépendants. L’entrepreneuriat, c’est d’abord une aventure avec soi-même. Et je préfère évoluer dans un secteur à impact social et économique. Je suis même pour limiter les dividendes afin de mieux les redistribuer à toute la chaîne de valeur.  

Un entrepreneur qui ne pense que “exploitation” végète, un entrepreneur qui ne pense que “exploration” plane, ces deux logiques sont au cœur de l’entreprise pérenne et durable.

Quelles autres activités as-tu développées ?

J’ai quitté la direction générale de Silver Valley, même si j’en reste secrétaire général. Au sein de Oui Care, j’ai cofondé une nouvelle filiale, Silver Alliance qui réunit des solutions complémentaires pour garantir une solution globale et personnalisable afin de mieux vieillir à domicile. C’est une entreprise de l’économie collaborative qui permet à ses membres de se recommander entre elles auprès de leurs clients, de partager des bonnes pratiques et de voir plus loin tous ensemble. Je suis également associé à la startup Hybrid qui crée des outils de management de l’innovation notamment pour renforcer les preuves d’une idée novatrice.

En février 2018, j’ai sorti un livre avec Nicolas Menet « Start-up, arrêtons la mascarade. Contribuer vraiment à l’économie de demain ». J’adore les entrepreneurs, j’aime un peu moins ceux qui sont autour d’eux, qui donnent des conseils sans jamais avoir eux-mêmes entrepris. Les startups sont devenues des produits financiers sur lesquels misent des capitalistes. Parallèlement, l’État investit des sommes colossales sans toujours regarder la rentabilité. Même si aucun chiffre officiel n’existe, on sait qu’une très large majorité des startups n’existe plus au bout de 5 ans.

Darwin est partout, y compris dans les startups.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut devenir entrepreneur ?

Être entrepreneur, c’est être capable de reconnaître ses erreurs, d’en apprendre et de rebondir. Il faut croire en ses idées mais il faut surtout chercher des preuves de ses idées et savoir se remettre en question. Un entrepreneur doit tester ses intuitions sur le terrain pour qu’elles deviennent des convictions. Un marché réside dans la combinaison harmonieuse d’une offre, d’une demande et d’un réseau pour rapprocher l’offre de la demande. Alors il faut profiter de toutes les occasions pour développer son réseau. Ce n’est pas ce qui manque en ce moment avec tous ces acteurs de l’écosystème startup qui gravitent autour des entreprises. De toutes façons, il faut être curieux, aller voir les plus âgés qui ont déjà créé des sociétés pour regarder leurs réussites et leurs erreurs. En France, on manque de courage et d’audace, on est trop conservateurs et en même temps, on veut changer le monde… sans pardonner aucune erreur ! La voie a été tracée par Léonard de Vinci qui regardait son environnement, qui explorait, qui savait rester un enfant dans son émerveillement et sa soif de découverte. L’entrepreneuriat, c’est un peu pareil. Comme un enfant, on ne marche pas du premier coup. On tombe souvent et on se relève. Autre conseil : il faut choisir son associé avec un grand soin. L’idéal est d’avoir déjà eu une expérience professionnelle ensemble ou de se retrouver ensemble dans une situation périlleuse et de voir sa réaction. Si ton futur associé est pétrifié par la peur, fuis !

Quel livre t’a le plus marqué ?

« Vers un nouveau capitalisme » de Muhammad Yunus, l’inventeur du microcrédit, parce qu’il représente vraiment mes valeurs. Il prône notamment l’accompagnement plutôt que l’assistanat. Quand tu vois un mendiant dans la rue, ne lui donne pas 10 euros mais demande-lui ce qu’il sait faire. Il y a des gens qui ont besoin d’être éduqués, responsabilisés mais pas assistés. Ce qui me plaît le plus chez Muhammad Yunus, c’est son humanité. Il est même Prix Nobel de la Paix 2016 !

1 réaction sur “ Benjamin Zimmer, l’entrepreneur au service des seniors ”

  1. Ping Romain Revellat, l’entrepreneur qui prend soin de vous à l’hôpital – Éditions Contenta

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