Caroline Gerber : « L’autonomie ne signifie pas la solitude. »

Caroline Gerber est urbaniste et coach. Sa vision de l’entrepreneuriat fait intervenir la conviction, le risque, le rêve, la liberté et… les partenaires. Elle raconte son parcours, son envie de « territoires apprenants » et donne des conseils pratiques aux futurs entrepreneurs. 

Comment on écrit « entrepreneur » au féminin ?

Entrepreneuse.

Qu’est-ce qu’un entrepreneur, selon toi ?

Un entrepreneur a le sens du risque ou est suffisamment inconscient pour pouvoir se lancer dans une activité dont il ne sait pas encore ce qu’elle va devenir. Cette dose d’inconscience vient du fait qu’un entrepreneur a un rêve et qu’il est convaincu que c’est possible de le réaliser. L’envie d’entreprendre, c’est une conviction plus forte que les multiples contraintes que la réalité peut imposer aux projets.

De plus, un entrepreneur ne veut pas avoir de patron. Même si les clients peuvent être pire qu’un patron, ce n’est toutefois pas la même chose. Un entrepreneur chérit la liberté et prend des risques pour rester maître de sa destinée. Choisir d’être salarié, c’est choisir d’être nourri régulièrement avant d’être libre. C’est vraiment une question de priorité des valeurs. L’entrepreneur met la liberté avant le revenu fixe. Il crée son propre système de fonctionnement, de contraintes et de règles alors qu’un salarié accepte le système d’un autre.

Comment es-tu devenue entrepreneuse ?

J’ai commencé à travailler pendant mes études d’urbanisme et je me suis dit très vite que je ne voulais pas dépendre de la volonté d’un autre. Il y a un fond « rebelle » dans cette envie. J’ai accepté d’être salariée, en tant que directrice d’une association pendant plusieurs années, parce que j’étais très autonome. Mais j’ai réalisé que ce n’était pas comme dans ma propre structure : mon périmètre de décision était limité par les orientations du conseil d’administration avec lesquelles je n’étais pas toujours d’accord. Maintenant, je préfère être en profession libérale parce que, avoir des salariés, c’est aussi avoir des obligations, notamment avoir la trésorerie pour payer leurs salaires et les charges sociales et être présente auprès des salariés aux horaires qui sont les leurs. On s’éloigne alors de la liberté.

Ce n’est pas pour autant que je travaille toute seule. L’autonomie ne signifie pas la solitude ! Je travaille beaucoup en équipe avec toutes sortes de partenaires.

Est-ce que tu peux présenter ton activité ?

Je suis coach et facilitatrice en intelligence collective. Mon métier, ma vocation, c’est d’accompagner les personnes, les équipes et les organisations pour leur permettre de mieux travailler ensemble ou pour être plus au clair avec ce qui les motive dans leur vie professionnelle. Je contribue à révéler les talents des personnes et des équipes que j’accompagne. Aujourd’hui, j’oriente mon activité vers les « territoires apprenants ». Ce sont les territoires qui réussissent à créer un espace d’échanges entre les personnes qui partagent une ville, un quartier, un arrondissement, un village, etc. Je m’engage à faire en sorte que les citoyens de tous les âges puissent apprendre au bout de la rue, en travaillant avec les associations, les collectivités, les élus, les entreprises de leur territoire.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut devenir entrepreneur ?

Je lui conseillerais de chercher le soutien entrepreneurial dont je n’ai pas bénéficié, notamment auprès des différents réseaux. Les réseaux devraient mieux faire comprendre que le temps passé parmi eux, c’est du temps de soucis, de stress et de peur en moins. J’aurais aimé avoir un mentor en entrepreneuriat comme j’ai eu un mentor dans mon domaine d’expertise.

Un autre conseil : la famille joue un rôle très important. Elle est le premier espace de réconfort pour un entrepreneur. Si ce n’est pas une famille de sang, ce peut être une famille de cœur, du moment qu’elle forme un espace dans lequel tu n’es pas jugé et que tu obtiens un soutien inconditionnel.

Comment te formes-tu en tant qu’entrepreneur ?

Être entrepreneur, c’est accepter de se former en continu.

Je n’ai jamais cessé d’apprendre. J’ai monté ma première société de conseils quand j’avais moins de 30 ans. Mes clients attendaient un homme aux cheveux gris ! Alors j’ai compensé mon manque d’expérience par une capacité à dire aux clients : « Je ne sais pas, je vais chercher » et mieux encore, trouver l’information devant eux dans mon ordinateur dont je ne me séparais jamais. Je me formais aussi en donnant des formations. Par exemple, j’animais un jeu de rôles sur l’aménagement urbain où les stagiaires jouaient les acteurs d’une ville : le maire, le promoteur, etc. Ensuite, je me suis formée avec mes rencontres. Ce sont mes comptables qui m’ont appris la comptabilité et mes avocats qui m’ont appris à gérer des fins de contrats. J’apprends en faisant. Et enfin, j’ai acheté tous les bouquins qui pouvaient m’être utiles pour apprendre la gestion d’une entreprise. 

Quel est le livre qui t’a le plus marqué dans toutes ces lectures ?

« Reinventing Organizations », un livre dans lequel Frédéric Laloux décrit des expériences de sociétés très variées de façon limpide. Dans l’une de ses conférences, il citait le cas de Buurtzorg qui est une très grande société de soins infirmiers aux Pays-Bas. Ce sont des groupes de 12 infirmiers qui s’auto-organisent en prenant en compte le facteur humain dans toutes leurs décisions. Le seul boulot du dirigeant est de piloter l’organisation à l’échelle nationale et de donner le cap. Ce qui m’a marqué, c’est quand Frédéric Laloux a expliqué qu’on peut être dirigeant sans être esclave des gens avec qui on travaille et avec du temps pour recevoir les personnes. On peut être un dirigeant heureux et épanoui ! Pas seulement un dirigeant qui passe ses journées à signer des parapheurs et qui ne fait que contrôler si ce qu’il a signé est bien fait comme il le veut.

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