Chris Delepierre, l’entrepreneur du changement

Chris Delepierre est un change maker. Il a choisi le domaine de l’éducation pour préparer les jeunes générations au monde demain au sein du mouvement des makers. Explications avec ce jeune entrepreneur social du nord de la France.
Comment es-tu devenu entrepreneur ?

Au lycée, je voulais déjà créer mon entreprise. J’avais l’ambition d’être acteur et d’avoir de l’impact. À l’époque, mon mentor était Bill Gates parce qu’il menait des actions philanthropiques grâce à ses moyens financiers. Quand j’ai découvert l’entrepreneuriat social, j’ai compris qu’on pouvait changer le monde en étant entrepreneur dès la création !
J’ai eu la chance de suivre une école qui conjugue 3 piliers : l’ingénierie, le commerce et l’entrepreneuriat, l’Iteem co-dirigée par Centrale Lille & Skema Business School. Cela m’a permis de cultiver mon état d’esprit d’entrepreneur. La meilleure école d’entrepreneuriat reste encore de créer sa société. Alors en 2012, je me suis lancé dans l’entrepreneuriat avec Tri-D, une société d’impression 3D avec un associé spécialisé dans la modélisation 3D. Notre projet « Toucher pour voir » permet de reproduire des œuvres d’art en miniatures pour les rendre accessibles aux personnes aveugles. En 2014, nous avons été les premiers lauréats de Ticket For Change. Puis nous avons pivoté sur l’éducation pour permettre aux personnes, et notamment aux jeunes, de matérialiser eux-mêmes leur projet. On s’est associé à une coach en créativité et à un hacker pédagogique pour créer ensemble Trézorium en mars 2017.

Quelle est la mission de Trézorium ?

Trézorium propose des méthodes éducatives permettant aux enfants d’exprimer leur créativité et de s’émanciper par le “faire”. C’est la maker education. On offre aux enfants une dynamique dans laquelle ils peuvent créer et matérialiser leurs outils. Nous abordons de nombreux aspects comme la technologie, le bon usage du numérique, le rapport à la consommation, la parentalité, etc. Cela passe par des ateliers, des événements, des conférences sur l’école du futur et de nouveaux outils. Par exemple, nous avons créé un lexique du nouveau monde : 39 mots de l’école du futur pour accompagner les grands enfants que sont les profs et les parents à comprendre le nouveau monde de l’éducation. Nous proposons aussi des fiches pédagogiques et des tutoriels pour les animateurs de la pédagogie créative. Notre programme Fab Maker propose un accompagnement à la mise en place des fablabs, des tiers-lieux pour “faire ensemble” autour du numérique.

Quelles valeurs défend le mouvement des makers ?

Nous souhaitons une société plus « apprenante », qui offre la capacité aux personnes d’apprendre par elles-mêmes, une société dans laquelle tout individu développe sa capacité à agir. Quand tu crées ton projet toi-même, tu es beaucoup plus engagé et heureux que si on te donne le projet tel quel. Notre objectif est de donner les clés aux gens pour qu’ils deviennent autonomes et eux-mêmes acteurs du changement. Avec Trézorium, nous avons choisi l’éducation comme domaine d’activité pour avoir un impact sur les jeunes générations et leur donner les clés du monde de demain.

Nous faisons aujourd’hui ce que tout le monde fera demain.

Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ? Et un entrepreneur du changement ?

Entreprendre, c’est “prendre” “entre” plusieurs choses. Un entrepreneur rassemble différents ingrédients pour un projet innovant. Dans l’entrepreneuriat social, c’est “donner” “entre”. Un entrepreneur social donne de l’énergie au changement. Il est porté par quelque chose de plus grand que lui qui le pousse à se lever et à passer outre les échecs, les difficultés. Un entrepreneur du changement monte des projets avec une dimension économique, entreprise ou association, à vocation sociétale ou sociale pour répondre à un enjeu de société et contribuer à changer le monde, même de manière infime. Il crée une dynamique plus globale que sa seule activité. Il y a une finalité supplémentaire par rapport aux entrepreneurs “plus classiques”.

Cette finalité me rend optimiste de but, c’est-à-dire que je sais qu’on va réussir, par la force de l’intention, et aussi pessimiste de chemin, je sais qu’on va prendre des coups, qu’on va devoir pivoter pour s’adapter à la réalité. L’entrepreneuriat est l’école de l’humilité, on apprend à se remettre en question tout le temps.

Au final, un entrepreneur est un sculpteur qui crée une œuvre d’art : son entreprise.

Comment te formes-tu ?

Je participe à beaucoup d’événements dans ma région, les Hauts de France. Pour monter en compétences, je m’auto-forme sur l’innovation, le numérique, la pédagogie, etc. La clé, c’est d’être curieux. L’enjeu est alors de faire le pont entre tous ces mondes, par exemple entre l’école et l’entreprise : quelle est la responsabilité éducative d’une entreprise ? quelle est la dimension éducative de la RSE ?
Je lis aussi beaucoup des livres et des périodiques. Les magazines Usbek&Rica et Socialter sont une source inépuisable d’inspiration.

Quel livre qui t’a particulièrement marqué ?

« La maîtrise de l’amour » de Miguel Ruiz, l’auteur des 4 accords toltèques. Dans ce livre, il explique de façon très simple des choses que l’Occident complique. Pour chaque action, on peut se demander si on la fait par amour ou par peur. La conduite de la vie par amour plutôt que par la peur me correspond bien.

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