Coralie et Antoine, l’entrepreneuriat dans la transmission

Coralie Pain, jeune styliste, a rencontré Antoine Jankowski, retraité, lors d’un voyage au Cambodge. De leurs valeurs communes est née l’envie de créer une marque de vêtements responsables. Rencontre avec deux entrepreneurs qui partagent leur passion des voyages, leur conscience sociale et écologique, et une aventure entrepreneuriale pleine de Sens.


Comment on écrit « entrepreneur » au féminin ?

Coralie – Entrepreneure.


Comment êtes-vous devenus entrepreneurs ?

Coralie – Après des études de stylisme, j’ai eu envie de voyager pour voir sur le terrain comment sont fabriqués les tissus. Ainsi, j’ai parcouru les champs de coton en Australie, les usines en Inde, etc. De retour en France, je suis devenue styliste-infographiste à Roanne pour une entreprise. Cette expérience m’a beaucoup appris parce que c’était une petite équipe et que j’étais très polyvalente. J’ai pu avoir une vision de la création de A à Z, des visites d’usine pour choisir le tissu, de la communication, de la commercialisation…

Je me posais déjà la question de créer ma propre marque. Ce fût encore plus fort suite à mon licenciement économique. Mais je n’avais aucune compétence en gestion. J’ai rencontré Antoine lors d’un voyage au Cambodge et nous nous sommes trouvés de nombreuses valeurs communes.

Antoine – Je suis un jeune retraité, ancien cadre dirigeant dans des grands groupes, qui m’ont donné la chance d’être expatrié dans de nombreux pays comme l’Irak, la Thaïlande, la Chine, le Brésil, la Tunisie, etc. J’ai rencontré Coralie lors d’une de mes missions avec une ONG en Asie. Quand elle m’a parlé de son envie de créer une marque de vêtements éthique, j’ai décidé de lui apporter mon expérience à titre gracieux. Nous sommes parfaitement complémentaires : Coralie s’occupe de toute la partie création et fabrication pendant que j’apporte mon expérience dans la gestion d’entreprise. En mai 2019, nous avons lancé cette nouvelle marque Sens.


Quelle est l’ambition de votre marque Sens ?

Coralie Notre ambition est de proposer des vêtements de grande qualité avec des tissus bio. Notre collection est intemporelle : nos vêtements peuvent être portés n’importe quand et longtemps.

Avec ces vêtements, je veux donner encore plus d’assurance aux femmes.

Tous nos produits sont confectionnés en France. Notre boutique en ligne détaille pour chaque pièce le lieu de culture des matières premières, le lieu de filature et le lieu de confection. À terme, cette transparence concernera aussi le prix et sa répartition entre les différents acteurs de la production.

Antoine Nous cherchons à utiliser des fibres qui valorisent les résidus agricoles comme la fibre de lotus. Nous travaillons avec un Français installé au Cambodge, Awen Delaval, dont l’entreprise emploie maintenant plus de 50 personnes. Les Cambodgiens utilisent les fleurs de lotus mais jettent les tiges alors qu’elles contiennent des fibres très résistantes. On peut aussi faire des vêtements avec des peaux de banane, des peaux d’agrumes, des orties, et même du lait ! Il n’y a pas que le coton et le lin. D’ailleurs, le coton, même bio, nécessite des litres et des litres d’eau pour fabriquer un seul T-shirt.


Pourquoi est-ce important de lancer une marque de vêtements responsable ?

Antoine – L’industrie du textile est l’une des plus polluantes au monde, caractérisée par une surconsommation. On a tous trop de vêtements ! Et le prix est encore le premier déterminant d’achat.

Coralie – Les conditions de travail en Inde m’ont choquée. J’ai été traumatisée par les colorants déversés dans la rivière juste à côté des enfants qui jouent dans l’eau. 

Antoine – Après l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, nous avons été outrés et scandalisés de la lâcheté des donneurs d’ordre. L’effondrement de cet immeuble de confection de vêtements fast fashion a fait plus de 1 000 morts et 2 000 blessés. Ces gens ne vivent pas, ils survivent dans des conditions indignes. Les donneurs d’ordre, c’est-à-dire les grandes marques comme H&M et Zara, sont parfaitement au courant de ces conditions de vie et continuent pourtant de demander les prix les plus faibles. Si après cette tragédie, ils avaient collectivement contribué à aider ces populations lourdement touchées, cela les aurait grandis. Mais ils n’ont pas assumé leur responsabilité et ont refusé de réagir.


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon vous ?

Coralie Un entrepreneur est une personne qui vit de sa passion en accord avec ses valeurs.  L’entrepreneuriat me permet d’exprimer ma créativité, tout en répondant à un marché, et aux besoins des femmes.

Un entrepreneur a une obligation civique.

Antoine – Un entrepreneur contribue, même modestement, à l’amélioration de la société. Un entrepreneur une obligation sociétale de créer des emplois, de payer des impôts et de faire attention à l’environnement. Une entreprise ne peut plus rester concentrée uniquement sur son profit.

L’entrepreneuriat est une aventure ! Même après avoir voyagé dans le monde entier, j’ai encore tellement de choses à apprendre. Cette nouvelle aventure m’ouvre aux évolution technologiques et comportementales de notre société, m’ouvre un univers que je ne connaissais pas, la mode et me permet de transmettre mes compétences. C’est passionnant de transmettre.

Notre vie se compose de trois phases : une phase d’acquisitions, une phase de gestion de ces acquisitions et une phase de transmission.

Une expérience, un savoir-faire doit être transmis aux générations suivantes. Dans tous les métiers. Par exemple, un maçon après 60 ans, ne devrait plus continuer à soulever des parpaings, il devrait transmettre son métier à un plus jeune. C’est ce que j’essaye de faire en épaulant Coralie dans son chemin entrepreneurial.


Quels livres vous ont particulièrement touchés ?

Coralie – Lors de mon voyage en Australie, j’ai lu en Australie « L’homme qui voulait être heureux » de Laurent Gounelle. Ce livre m’a permis de remettre les choses en place. Je pense qu’il y un moment pour lire ce livre. C’est un livre simple et très efficace quand on est dans une période de doutes et de remise en question.

Antoine – Beaucoup ! Si je peux en citer trois… Je recommande d’abord « Comment devenir un optimiste contagieux » de Shawn Achor. Ce livre est génial parce qu’il inverse le logiciel du bonheur. Dans notre civilisation, on nous dit qu’il faut réussir sa vie pour être heureux, Shawn Achor nous explique qu’il faut d’abord être heureux pour réussir sa vie.

J’ai aussi beaucoup apprécié l’auto-biographie de Richard Branson « Losing my virginity » comme un livre d’anti-management. Il explique que son parcours n’a jamais été guidé par la recherche de profit mais pas la recherche de plaisir. C’est cette recherche du plaisir qu’il l’a conduit à la réussite, pas l’inverse.

Dans un autre registre et très complémentaire, « L’art de la simplicité » de Dominique Loreau pour comprendre combien l’acquisition de choses matérielles obstrue notre vision. Le minimalisme ouvre l’esprit et permet de mieux voir. Cette grande connaisseuse du Japon le résume très bien : « Simplifier sa vie, c’est l’enrichir. »