Guillaume-Olivier Doré, un multi-entrepreneur face à la crise actuelle

Photo couverture Guillaume-Olivier Doré

Entrepreneur, financier, mentor, auteur, Guillaume-Olivier Doré cumule les casquettes toujours au service de l’entrepreneuriat. Il livre sa vision de l’aventure entrepreneuriale et son regard sur la crise actuelle dans une interview remplie de conseils avisés.


Comment es-tu devenu entrepreneur ?

D’abord, j’ai été élevé par une femme extraordinaire, Christiane Doré, la première présidente d’une banque en France, en 1982. Ma scolarité a été très chaotique (mais ne le dis pas à mes enfants) : 5 lycées en 5 ans et une année sabbatique dans le grand Nord canadien.

Ma rencontre avec Jean-Marc Borello, le fondateur du groupe SOS, a été déterminante.

Voir Jean-Marc Borello entreprendre m’a donné envie de reprendre mes études parce que je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il faisait. 

Alors j’ai passé un MBA à l’EM Lyon. Grâce à Jean-Marc Borello, j’ai compris qu’on peut faire du capitalisme avec une conscience de l’intérêt collectif. D’ailleurs, je suis resté trésorier du groupe SOS jusqu’en 2003.

Ma deuxième rencontre déterminante est Dan Serfaty qui m’a embarqué dans son aventure Agregator puis Viadeo. Je ne m’assumais pas encore en tant qu’entrepreneur, je restais tiraillé entre entrepreneur et intrapreneur.

J’ai fait mon “coming out entrepreneurial” dans les années 2000 à son contact, après un passage dans de gros fonds d’investissements comme salarié.

Maintenant, l’entrepreneuriat est un réel plaisir.


Qu’est-ce que tu apprécies dans l’entrepreneuriat ?

Créer une société est un mélange de tous les sujets de création. Tu crées pour toi, tu crées pour tes clients et tu crées pour tes collaborateurs. L’entrepreneuriat mélange l’humain et l’intensité des sentiments en mettant à rude épreuve la résilience.

L’entrepreneuriat est le plus beau et le plus difficile voyage humain qui puisse exister.

Ce que j’aime dans l’entrepreneuriat est de voir le chemin de crête dans un univers très complexe : il y a obligatoirement une voie pour atteindre l’objectif ! C’est le côté explorateur de l’entrepreneur.

La dimension humaine est primordiale pour moi dans l’entrepreneuriat : un entrepreneur est un leader, un fédérateur. J’aime voir la progression des équipes et accompagner individuellement chaque personne pour qu’elle suive son propre chemin.

Je suis passé tout près de la faillite au moins 5 ou 6 fois ! Une image reste gravée dans ma mémoire. Un jour, j’ai dit à mes équipes : « Nous avons tout essayé, nous avons échoué, je dois vous licencier ». Tous les salariés sont alors venus dans mon bureau, chacun leur tour, pour signer leur licenciement… et ils sont tous repartis immédiatement à leurs postes. Ils sont restés plusieurs mois à travailler gratuitement pour cette entreprise parce qu’on avait un lien de confiance très fort. Ils savaient qu’on allait, ensemble, traverser cette tempête.


Quelle sont les missions de tes entreprises actuelles ?

En 2016, avec 4 associés, dont Matthieu Sénéchal, un « tech » brillant et Joachim Fourquet, un solide bras droit, nous avons lancé Mieuxplacer.tech. Nous voulions une plateforme qui permet aux particuliers d’acheter des produits financiers avec des informations fiables. Mais les épargnants ne sont pas prêts à acquérir des produits financiers sans contact humain. Alors nous avons effectué un pivot du BtoC vers le BtoB. Désormais, nous proposons des logiciels pour les courtiers et les gestionnaires de patrimoine. Comme c’est une solution SAAS, l’outil est connectable de partout.

En parallèle, j’ai créé avec Adèle Tanguy et Netmedia Group, un média de culture financière : Finance Mag. La France a un gros déficit en matière de culture financière. Selon moi, les gens ne s’intéressent pas au fonctionnement de l’économie, parce que l’économie fonctionne pour eux. La plupart des grandes problématiques comme l’éducation, les études, le chômage, la santé et la retraite sont prises en compte par la société. J’ai donc pris le sujet à bras le corps avec un média à la fois papier et numérique pour que les gens voient la finance de manière différente.


Quelles autres activités as-tu développées ?

Quand j’étais étudiant, je faisais des piges pour le journal local. Je me souviens encore passer mes dimanches à sillonner la région de Versailles, à vélo puis mobylette, pour faire des photos et récupérer les classements des compétitions locales.

J’ai gardé ce goût de l’écriture.

Tous les matins, j’écris une brève pour la newsletter du JDD et j’ai publié un livre : « Manuel de survie dans le milieu hostile de l’épargne » aux éditions Casa Express.

J’ai aussi des activités bénévoles. Je suis mentor de 4 à 5 entrepreneurs, surtout des femmes d’ailleurs, je suis vice-président de la French Tech à Bordeaux, et administrateur de plusieurs fonds mais sans prise de participation au capital pour garder ma liberté totale.


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

C’est indéfinissable, tellement c’est plein de choses en même temps ! Mais ils ont quand même quelques caractéristiques communes. 

  • Les entrepreneurs ont une notion du risque qui est complètement orthogonale par rapport aux autres : ils sont prêts à prendre des risques pour leur société et leur vision à des niveaux incommensurables.
  • Les entrepreneurs ont une grande résilience. Aucun entrepreneur n’a pas peur de tomber parce qu’il va remonter sur le cheval aussi vite qu’il est tombé. En fait, il va tomber vite, sans attendre que le cheval le fasse tomber pour remonter le plus vite possible parce que c’est en tombant qu’on progresse.
  • Les entrepreneurs ont tous une part d’inconscience et d’optimisme. Tout est possible pour un projet !

Les entrepreneurs n’ont pas d’étiquette. J’ai une vision universelle de l’entrepreneuriat : tout le monde peut le devenir pour changer son monde, sans considération de sexe, d’âge, de milieu d’origine, etc. 


Quels conseils donnerais-tu à un entrepreneur pour traverser la crise actuelle ?

En tout premier lieu, il faut s’occuper de la santé de ses salariés. La première valeur d’une entreprise, ce ne sont pas ses clients, mais ses salariés. Certains salariés ne sont pas habitués au télétravail, il faut les accompagner, les aider, les soutenir.

Ensuite, ça ne sert à rien de faire du commerce aujourd’hui ! Au contraire, cela fait fuir les clients. Par exemple, nous avons offert l’abonnement à Financemag pendant deux mois pour nos clients les plus fidèles.

Un entrepreneur doit maintenant se demander comment pérenniser ses ressources pour n’avoir plus qu’à appuyer sur un bouton pour relancer la machine le moment venu.

Cela demande que le dirigeant modifie en profondeur sa façon de réfléchir. Il doit transférer sa sérénité à son équipe pour montrer qu’il y a toujours un capitaine à la barre. Il ne sert plus à rien de paniquer, c’est trop tard pour paniquer.

Cette crise nous montre les “vrais” entrepreneurs, ceux qui sont résilients, qui se posent les bonnes questions pour améliorer le système, et les autres. Les autres, ceux qui n’entreprenaient que parce que c’est “à la mode”, sont en train de paniquer.

C’est quand la tempête est forte qu’on voit les bons capitaines !


Quel regard portes-tu sur la crise que nous traversons ?

Nous sommes en train de redécouvrir les services collectifs comme la santé, l’éducation et même l’administration qui ont été beaucoup décriés alors que ce sont des métiers tournés vers les autres. 

Il faut un New Deal pour les infrastructures de sauvegarde : alimentation, transport, énergie, financement, télécommunication, distribution, etc. et remettre en cause les dogmes qui ont été figés ces 30 dernières années.

Ma grande peur est que le capitalisme reprenne ses droits de manière sauvage. Nous avons tous les atouts pour rebondir mais nous devons nous poser les bonnes questions :

  • Quel rôle donner aux infrastructures qui ont été privatisées comme le transport, l’énergie, l’administration, etc. ?
  • Quel monde voulons-nous vraiment ?
  • Quel rôle donner à l’ESS (économie sociale et solidaire) ?
  • Quel rôle va jouer le digital dans cette transformation ?

Je suis lucide, on reste dans un monde capitaliste mais je reste optimiste : la solidarité qui est en train de se créer est la meilleure preuve qu’on a tous les atouts pour réussir.


Quel livre t’a  particulièrement marqué ? 

L’un de mes livres de chevet est « Pour un capitalisme d’intérêt général » de Jean-Marc Borello. Je partage parfaitement sa vision. Grâce à ce livre, j’ai appris qu’on peut faire rejoindre deux mondes historiquement opposés : le monde ultra capitaliste et le monde de l’association. La réalité nous montre bien que ça fonctionne !

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