Karim Duval, l’humoriste qui fait rire les entrepreneurs 

Karim Duval

Karim Duval a choisi l’humour pour nous faire réfléchir en jouant avec les mots comme avec les travers des entrepreneurs et du monde de l’entreprise. En attendant son retour sur scène, l’humoriste lyonnais partage son regard sur l’entrepreneuriat en France. 


Comment es-tu devenu humoriste ? 

Après un parcours de « premier de la classe » et grande école, je suis devenu ingénieur dans une grande entreprise d’informatique à Sophia-Antipolis. Un jour, un collègue ingénieur m’a parlé d’un cours de théâtre qui promettait « d’apprendre le one man show ». Je me suis dit que si lui avait osé le faire, pourquoi pas moi ? J’ai créé des sketchs que je jouais devant les élèves de ce cours… et ils ont ri ! C’est devenu une passion.  

À travers ce cours, je retrouvais l’enthousiasme quasi enfantin de la création : j’écris un sketch, je le teste, une phrase fait rire, je la garde, une phrase ne fait pas rire, je ne le garde pas, et ainsi de suite. Après chaque cours, j’attendais la semaine suivante avec impatience pour y retourner. J’étais pris au jeu ! Au fur et à mesure de l’écriture de sketchs, cela a donné un spectacle entier… que je trouve très mauvais maintenant. Mais je suis content de l’avoir fait parce que si j’avais attendu d’avoir un spectacle parfait, je ne serais jamais monté sur scène. 

Mon activité d’ingénieur nourrissait mes sketchs, tout comme mon activité d’humoriste nourrissait mes compétences dans mon métier, notamment en management, j’avais plus confiance en moi. Un sketch est écrit en fonction du bagage de l’humoriste, de la situation, de son environnement. À cette époque, j’étais trop focalisé sur faire rire, pas assez sur le fond. Il n’y avait pas d’identité, mais il y avait déjà beaucoup de plaisir.

Pour un humoriste, comme pour un artiste et un entrepreneur, l’identité est primordiale.

J’ai fini par quitter mon emploi d’ingénieur en 2011 pour me consacrer entièrement à l’humour. 


Quelle est la mission de la société Com&Laugh ? 

Je suis à l’origine d’un projet entrepreneurial, la société Com&Laugh, créée en 2017. Notre mission est d’amener les gens à réfléchir par l’humour. Nous mettons l’humour au service d’une communication efficace pour les organisations de tout type : des Chambres de commerce et d’industrie, la Région Rhône Alpes, des incubateurs, ou certaines marques comme le dictionnaire le Robert. Nous pouvons aussi participer aux événements internes de ces organisations. 

Ce qui m’intéresse, c’est le message derrière le sketch. Par exemple, j’ai refusé de travailler avec un grand groupe agro-alimentaire parce que je ne cautionnais pas le message de la campagne de communication pour laquelle ils me sollicitaient. 

Ma principale activité est de jouer, sur scène comme avec mon dernier spectacle autour de la génération Y ou à travers des vidéos


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ? 

Un entrepreneur est une personne qui décide d’être actrice de l’économie en suivant ses convictions propres que personne ne lui a dictées. Un entrepreneur porte ses valeurs et prend les risques sous-jacents sans intermédiaire. Il crée de la valeur pour créer des emplois épanouissants et ne doit pas rougir de faire des profits. 

Un entrepreneur doit avoir un modèle économique, c’est-à-dire une façon de rendre son projet viable économiquement. C’est une question de (sur)vie. 


Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat ? 

L’entrepreneuriat en France est très cloisonné. Cela crée des branches de l’entrepreneuriat  qui ne se parlent pas assez : d’un côté, la startup nation et de l’autre côté les entrepreneurs de l’économie réelle comme les artisans, les commerçants, les franchisés, les entrepreneurs sociaux ou encore les entrepreneurs qui créent leurs boulot parce qu’ils n’en trouvent pas. Les startups prennent trop de visibilité et on oublie trop souvent les boulangers, les restaurateurs, les maçons, etc. 

Le mot entrepreneur est trop associé à la startup.

Certains entrepreneurs se déclarent startuppers uniquement pour accroître leur légitimité. Cela crée un biais énorme dans la perception de l’entrepreneuriat. Si on regardait toutes les facettes de l’entrepreneuriat, on se rendrait mieux compte de sa réalité. Cela le rendrait plus attrayant pour certains… et beaucoup moins attractif pour d’autres. 


Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui veut devenir entrepreneur ? 

N’aie pas peur, fonce. Mais… réfléchis bien à ton sujet avant, réfléchis au bien-fondé de ta mission, réfléchis à la viabilité économique de ton projet, etc. Il faut prendre du plaisir à entreprendre mais toujours garder de quoi manger ! 

Je conseillerais aussi de rencontrer beaucoup de monde et de parler de son projet. Bois beaucoup de cafés (ou du thé) avec plein de gens d’horizons différents. C’est dans la réalisation de l’idée que tout se joue. 

Dernier conseil : réfléchis bien avec qui tu t’associes. 


Quel livre t’a particulièrement marqué ? 

Le livre qui m’a le plus marqué récemment est « La vie devant soi » d’Émile Ajar, alias Romain Gary. Déjà, parce que c’est un roman. Trop souvent les entrepreneurs privilégient, voire citent des essais, c’est-à-dire des livres qui exposent un point de vue. Je trouve que nos lectures sont intéressées. Un peu de gratuité, un peu de beauté pour la beauté des mots et du propos ne font pas de mal… Pas même à la créativité !

 « La vie devant soi » comporte une phrase forte… par phrase ! C’est un roman poignant, profond, drôle, triste, dur, tendre… bref, plein de contrastes et de couleurs, à l’image de notre humanité, et celle dont il regorge.

Et période de confinement oblige, le fait qu’un enfant prenne soin d’une vieille dame (à qui il doit la survie) est lourd de sens. Un livre comme celui-ci m’inspire plus que de regarder un spectacle de stand up !

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