Laurence Grandcolas, l’entrepreneur de l’engagement

Laurence Grandcolas MySezame - éditions ContentA

Comment réunir l’entrepreneuriat et l’engagement ? En devenant entrepreneur social. Des ONG à la création de société, Laurence Grandcolas partage son parcours d’entrepreneur et la création de son entreprise MySezame autour d’une mission. Rencontre avec une entrepreneur au grand cœur pour qui l’entreprise est la meilleure organisation humaine pour changer le monde. 


Comment écris-tu « entrepreneur » au féminin ?

Entrepreneur sans « e ». L’égalité passe aussi par le fait de ne pas avoir besoin d’affirmer que nous sommes des femmes en permanence. 


Comment es-tu devenue entrepreneur ? 

J’ai entrepris bien avant de devenir entrepreneur. Grâce à ma famille, j’ai un ADN entrepreneurial et un gène de l’engagement. Déjà à l’école primaire, je montais des projets comme des collectes de nourriture pour les plus défavorisés. 

Mais pour entreprendre à mon plein potentiel, il fallait que je m’équipe de compétences additionnelles. Alors j’ai suivi un parcours classique, prépa puis HEC, sans aucun plan de carrière défini. Même à HEC, je pilotais un réseau d’étudiants pour la Course contre la Faim. À la fin de mes études, j’ai créé une ONG de solidarité internationale, Action Solidarité Pays Oubliés, pour continuer dans la voie de l’engagement en parallèle d’une activité de consultante. 

Entreprendre a toujours fait partie de moi bien avant la création de mon entreprise. 

Je vivais alors une dichotomie totale : la journée consultante dans un cabinet, le soir et le week-end au service de l’ONG. Quand j’ai voulu réunir ces deux mondes, j’ai découvert Ashoka, une ONG née en Inde dans les années 80 qui soutient les entrepreneurs sociaux. En 2013, j’ai pris la co-direction de Ashoka France pour développer l’entrepreneuriat social. Je voulais que les entrepreneurs sociaux insufflent les bonnes pratiques dans les entreprises parce que ce sont de formidables leviers de transformation. 

Les grandes entreprises doivent s’inspirer des entrepreneurs sociaux. 

Pour aller encore plus loin, j’ai créé MySezame en 2016.


Quelle est la mission de MySezame ?

La mission de MySezame est d’engager les entreprises dans la transition sociale et sociétale. Nous créons une « bascule » dans l’entreprise pour engager les personnes à refondre collectivement les modèles d’affaires et les modèles de réussite pour la performance durable

J’ai créé une société autour d’une mission, pas d’un métier. 

Cette mission peut s’effectuer à différents niveaux par des métiers divers : 

  • Le conseil en stratégie et influence dans les directions des grands groupes pour apporter des éclairages et des réflexions avec des effets de levier plus importants, 

  • L’empowerment des managers pour que la transformation digitale s’accompagne d’une transformation sociale, 

  • L’acculturation massive de tous les collaborateurs avec des outils précis. 

En partenariat avec Publicis et le média WeDemain, nous avons monté le Make It Positive Lab pour aider les entreprises à passer d’une raison d’être à une raison d’agir. Nous sommes encore au stade de l’expérimentation et c’est passionnant. C’est exactement ce que j’aime : créer, expérimenter, défricher des terrains vierges, toujours autour d’une conviction et embarquer des personnes autour de cette conviction. 


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ? 

Il y a deux typographies d’entrepreneurs : les entrepreneurs qui ont une mission et qui créent des activités autour de cette mission, les entreprises qualifiées de “mission natives et les entrepreneurs qui cherchent un trou dans le marché et qui y répondent. 

Les entrepreneurs ont tous en commun une aversion au risque assez faible et une forte agilité pour s’adapter en permanence à un environnement incertain. 

Je ne me suis jamais dit que j’étais entrepreneur, avant d’être entrepreneur. 

Je pensais que je serais incapable d’entreprendre seule. Ma première idée était de créer mon entreprise avec une amie et cela n’a pas abouti donc j’ai dû le faire toute seule. En fait, j’ai compris que je ne voulais pas travailler toute seule. Pour contrer cette solitude redoutée, j’ai choisi de travailler dans des espaces de coworkings et de m’entourer d’un board d’entrepreneurs. 


Quel livre t’a profondément marqué ? 

Je lis surtout des romans. Mes souvenirs de livres sont associés à des émotions. Je me souviens particulièrement du livre de Delphine de Vigan « Les heures souterraines ». L’histoire de cette femme broyée par son travail et harcelée au quotidien par son supérieur m’a bouleversée. Je ressentais l’atmosphère d’enfermement qu’elle subissait en allant tous les jours dans cette entreprise où personne ne l’attendait, où elle n’avait plus rien à faire, où elle laissait passer les heures… 

Ce livre a influencé ma manière de diriger des équipes. L’entreprise doit être un lieu d’épanouissement. Un manager ne doit jamais oublier l’individu derrière le salarié et respecter ses volontés. 

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