Pascal Cübb, l’entrepreneur aux 9 vies

Pascal Cübb- Sunglasses - éditions ContentA

Du pop-corn aux plateaux télé, en passant par des containers et les Chatons d’Or, le parcours entrepreneurial de Pascal Cübb est jonché d’innovations, d’échecs et de rebondissements. Rencontre avec un entrepreneur libre, indépendant, inclassable et engagé qui a réussi à allier le professionnalisme et les festivités.


Comment es-tu devenu entrepreneur ?

Devenir entrepreneur n’était pas une évidence ni un rêve d’enfant. Après avoir obtenu mon bac au rattrapage d’un demi-point, j’ai commencé une année de droit, mais de travers. Ma licence de baby-foot, mon master de flipper et mon doctorat en Pac-Man ne m’ont pas donné de diplôme reconnu mais une ouverture d’esprit et des contacts pour trouver rapidement du travail.

J’ai commencé comme salarié dans l’industrie de pointe : commercial puis ingénieur commercial et enfin directeur commercial. J’alternais entre une activité très sérieuse, dans un milieu encadré par le secret défense, et une vie personnelle très intense, au milieu de ce qu’on appelait alors le “Tout Paris”, à Paris, Saint Tropez, Courchevel, Ibiza, etc.

L’idée de devenir entrepreneur a germé quand on m’a proposé par deux fois de créer une société et d’en devenir actionnaire puis dirigeant. Les deux plans ont échoué mais je voyais déjà la possibilité pour moi d’agir avec une grande liberté et beaucoup d’indépendance.

Ma première véritable expérience entrepreneuriale est arrivée dans les années 90 : avec des amis, nous avions acheté au tribunal de commerce une petite société de production de snacks. Nous sommes devenus les plus gros producteurs de pop-corn en France en particulier pour le cinéma. Avant cela, le maïs venait des États-Unis, nous avons donc organisé toute la filière pour produire en France et importer le matériel nécessaire comme les machines à pop-corn de l’autre côté de l’Atlantique. Alors que je venais juste de racheter les parts de mon associé, l’usine a entièrement brûlé. C’était la plus grosse pop-corn party de l’Histoire ! En une nuit, j’ai tout perdu.


Qu’as-tu appris de cet échec et comment as-tu « rebondi » ?

Cette expérience m’a convaincu que je n’étais pas un industriel et qu’il fallait que je m’entoure mieux.

C’était la fin des années 90 et le démarrage d’Internet en France qui m’intéressait beaucoup. J’ai monté une société de conseils pour aider les industriels étrangers à entrer sur le marché de la grande distribution en France et pour les conseiller sur leur stratégie marketing et communication. C’est comme ça que j’ai pu participer au lancement d’un nouveau site en ligne qui appartenait au groupe Carrefour et qui est devenu par la suite Ooshop. J’avais des missions dans des domaines différents, je gagnais bien ma vie mais je m’ennuyais beaucoup. Je ne faisais pas ce que je devais faire…

La phrase que me répétait ma grand-mère tournait en boucle dans ma tête : « Ne sois pas, deviens ! » et je commençais enfin à la comprendre.

J’ai arrêté toutes mes activités et je me suis donné 6 mois pour réfléchir à ce que je voulais vraiment faire, ce que j’avais envie de créer. Je savais seulement que le développement d’Internet devait se conjuguer avec mon goût naturel pour la communication.


Quel entrepreneur es-tu devenu ?

J’ai créé l’une des premières agences de communication extérieure digitale interactive et mobile, Cübb, en inventant un concept original que j’ai développé dans une dizaine de pays. J’ai même participé au concours Lépine avec ce concept !

Tous les sujets liés au déploiement d’Internet me passionnaient avec toutes les technologies qui se développaient comme le QR code, la réalité virtuelle, le Bluetooth, la réalité augmentée, etc. ainsi que les réseaux sociaux.

L’une de mes solutions s’appelait le CyKlop, un écran digital connecté porté sur les épaules pour permettre aux marques de communiquer autrement. La première opération a été menée en 2004 pour Orange, c’était bien avant le développement des tablettes et des smartphones en France. On se connectait en GPRS ! Zuckerberg était tout juste en train de créer Facebook. Ensuite, on n’a pas cessé de se développer et d’innover.

Une autre de mes solutions utilisait des containers recyclés. Il suffisait d’appuyer sur un bouton pour que le container s’ouvre et propose toute forme d’animation digitale à l’intérieur avec une grande terrasse intégrée sur le toit. Les marques ont adoré ce concept de “pop up store” qu’on pouvait installer où on voulait, des “road-show” dans toute la France,  du “street marketing” événementiel, digital, mobile et connecté pour effectuer des opérations de communication

J’ai enfin réussi à devenir moi-même, faire ce que je savais le mieux faire, en réunissant mon côté sérieux et mon côté festif dans ma vie professionnelle. Paradoxalement, c’est à partir de cette période que j’ai adopté le nom Pascal Cübb (à épeler en anglais pour en comprendre la signification…). Dès le début des réseaux sociaux, mes copains de la Silicon Valley m’avait prévenu de ne pas mettre toute ma vie à leur disposition. Alors j’avais adopté le nom de ma société pour les réseaux sociaux, et c’est resté.

Malheureusement, la crise des subprimes est arrivée, les fonds d’investissements m’ont lâché, cela devenait trop lourd à porter seul, sans fonds extérieurs et j’ai fini par la liquider en 2013. J’ai une nouvelle fois tout perdu.

Pendant un an, cela a été très compliqué de me relever, un vrai parcours du combattant.

Puis, j’ai relevé la tête et j’ai créé une nouvelle entreprise, en 2014, SunGlasses, une société de création et production de contenus, pensant que c’était la prochaine évolution du digital.

Tout le milieu de la communication se retrouve chaque année à Cannes pour le Festival International de la Créativité, les Lions. J’ai eu l’idée de lancer une émission lors de cet événement. La première année, j’étais tout seul avec un micro et un cameraman. 5 ans après, je produisais et j’animais un plateau sur une plage de la Croisette avec 5 émissions en live tous les jours dont 2 à l’international. Je suis devenu producteur de contenus et d’événements, un communicant engagé.


Comment se concrétise ton engagement ?

J’étais déjà très engagé auprès de Solidarité Sida et d’autres associations. En 2017, l’agence de l’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales) m’a sollicité pour l’opération « Mélanie peut le faire » qu’il vouait lancer : une jeune femme atteinte de Trisomie 21 avait pour rêve de présenter la météo sur une grande chaîne nationale. Ma sœur étant handicapée mentale, j’ai immédiatement accepté. C’est une très grande fierté et vraiment un honneur pour moi d’avoir pu orchestrer cette opération. À 100 000 likes sur Facebook, elle réalisait son rêve. Nous avons mis en place une campagne de trois semaines, et les 100 000 likes ont été obtenus en moins de 36 heures tellement l’engouement pour son histoire était immense. Elle a présenté la météo au JT de 20 heure sur France 2.

Pour les Cannes Lions, j’ai lancé, avec mes amies de l’association Act-Responsable, une émission My Act, portant sur le rôle, l’engagement et la responsabilité de l’industrie de la communication. C’est devenu une émission produite mensuellement.

Mon engagement donne du sens et de la valeur à tout ce que je produis. Mon moteur, c’est l’humain, les rencontres. Je ne suis qu’un faiseur de relations humaines qui maîtrise les nouvelles technologies et la communication, les outils pour les rendre possibles et visibles. Même si j’avance avec un alias, j’aime l’authenticité, j’assume mes paradoxes et je laisse les préjugés. Je suis devenu celui que j’ai créé : moi.


Peux-tu nous présenter les Chatons d’Or ?

Ma première production, avec Sunglasses, était pour les Chatons d’Or. Je connaissais très bien les fondateurs de ce festival. Quand l’événement a grandi, ils n’avaient plus assez de temps de pour s’en occuper et j’ai accepté de le reprendre en 2019, toujours à travers ma société Sunglasses. Cette année-là, nous avons décidé de produire la remise des prix au Conseil économique social et environnemental (CESE) pendant la convention citoyenne, devant plus de 1 000 personnes.

Les Chatons d’Or, c’est un festival qui dure 10 semaines. À sa création, il s’agissait d’un concours de jeunes créatifs, l’anti-chambre des Cannes Lions. C’est un espace de création d’idées et d’engagement. Le concours est toujours gratuit et ouvert à tous et il est devenu un festival d’inspiration et de réflexions sur les sujets actuels comme la responsabilité, l’évolution de la société, l’impact positif, etc. Les catégories se sont multipliées avec les années.

Pour sa dixième édition, cette année, nous proposons une catégorie “Good Impact” avec 10 associations et ONG comme la fondation Nicolas Hulot, Human Right Watch, l’association Perce Neige ou encore les Petits Frères des Pauvres et une ouverture sur 10 pays francophones.


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

Un entrepreneur est une personne libre et indépendante qui a besoin de faire, de créer. L’entrepreneuriat n’est pas mieux ou moins bien que le salariat, c’est un état d’esprit différent. Il faut être capable de supporter d’être un entrepreneur, ce n’est pas évident tous les jours.

Il faut du courage, de l’énergie et des convictions fortes pour être entrepreneur.

L’entrepreneuriat nécessite une bonne dose d’estime et de confiance en soi, ne serait-ce que pour assumer toutes les décisions que l’on doit souvent prendre seul.

Je suis un entrepreneur parce que je ne sais pas faire autrement et que j’en ai pris le gout. Mes parents ne sont pas entrepreneurs mais ils m’ont laissé grandir comme je voulais, donc j’ai poussé comme une herbe folle. Comme je n’ai aucun cadre et que je ne rentre dans aucune case, que je suis farouchement attaché à mon indépendance et ma liberté, l’entrepreneuriat est la seule voie possible pour moi.


Quel livre t’a particulièrement marqué ?

Je ne suis pas un grand lecteur. La lecture nécessite d’être dans le temps long et je suis trop actif pour me poser avec un livre. Mais il y a quand même un livre qui m’a vraiment marqué et dont je relis des passages de temps en temps : « Comment je vois le monde » d’Albert Einstein. Cet essai politique et philosophique démontre qu’Einstein n’était pas seulement un génie en physique et en mathématiques. Il est peut-être la personne la plus à même de comprendre l’universalité, toutes les choses qui concernent l’Humain et l’Univers dans leur ensemble, et que tout est lié.

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