Sergio Moura de Castro, l’entrepreneur qui aime la jeunesse entreprenante

Photo couverture Sergio Moura de Castro

Sergio Moura de Castro n’en est pas à sa première entreprise. L’entrepreneuriat lui a d’abord servi d’école de commerce. Puis son parcours est jalonné de rencontres de mentors, de créations, vente, rachat et innovations. Il milite aussi pour que les jeunes entreprennent.


Comment es-tu devenu entrepreneur ?

Une destinée est jalonnée de choix, dans l’arbre de la vie, la branche que j’ai choisie a été celle l’entrepreneuriat.

Déjà, je suis curieux. Être curieux est la qualité première d’un entrepreneur selon moi. À 21 ans, je suis parti vivre aux États-Unis. J’étais garçon au pair tout en suivant des études littéraires à l’université de Caroline du Sud, pour vivre autre chose, faire d’autres rencontres, s’ouvrir à d’autres cultures.

De retour en France, j’ai passé un DEUG d’anglais. J’avais alors le choix entre rentrer dans la fonction publique ou de suivre celui qui deviendra mon premier mentor entrepreneurial, Dominique. On était en 1997, aux prémices de l’Internet, le défi était passionnant. Je l’ai donc suivi et nous avons développé des sites et applications web à une période où le nombre de personnes connectées à Internet était encore très faible. On a démarré à 2 pour terminer à 43 personnes. Pendant cette aventure qui a duré 4 ans, j’ai appris énormément. J’ai dû faire face à des galères techniques, juridiques et humaines. Il m’a fallu monter en compétences dans beaucoup de domaines, en apprenant tout sur le tas.

Ma première société m’a servi d’école de commerce.

Après une courte période dans les logiciels documentaires pour l’industrie pharmaceutique en tant que responsable avant ventes, j’ai fait renouveler ma période d’essai. J’étais toujours entrepreneur. Nos ambitions n’étaient pas en phase et cela n’a donc duré que 8 mois. 

J’ai préféré rejoindre une nouvelle structure en création : Heliop. L’occasion de travailler avec mon deuxième mentor, Jean-Luc. Nous avons réalisé de nombreuses applications innovantes pour des métiers de niche dans des secteurs très variés (juridique, architecte, commissaire-priseur, industrie, transport, etc.). En 2009, j’ai revendu mes parts et j’ai créé une société de conseil. 3 ans plus tard, j’ai racheté Heliop ! J’ai pu épuré toutes les dettes, sans redressement, tout en gardant les salariés.

L’innovation fait partie intégrante de l’entrepreneuriat.

Co-inventer et co-créer des projets innovants, c’est dans l’ADN d’Heliop. Nous avons donc cherché des innovations pleines de sens et de valeurs ce qui nous a permis de créer Balizenn.


Quelle est la mission de Balizenn ?

Balizenn est une solution d’orientation dans les bâtiments. Avec un téléphone mobile, tu peux obtenir ton chemin sans connexion à Internet, par exemple pour retrouver une chambre dans un hôpital, ou en cas d’urgence pour sortir d’un bâtiment. On donne à l’utilisateur un itinéraire pas à pas vers sa destination avec toutes les informations contextuelles : orientation, photos, tracés, plans, etc.

Notre mission est de créer des solutions frugales et soucieuses de l’environnement, c’est-à-dire sans composants électroniques supplémentaires chez nos clients. On ne déploie pas des petits boîtiers partout dans les bâtiments. On veut une solution simple et inclusive pour 100 % des usagers. Les utilisateurs peuvent donc utiliser nos produits sur borne, par SMS ou sur impression papier. Un des prochains axes de développement est un prototype qui intègre la commande vocale pour les malvoyants.


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

Un entrepreneur est quelqu’un de dynamique qui est conscient des risques et les assume.

Un entrepreneur apporte des biens ou des services qui n’existaient pas pour des personnes qui en ont besoin.

Être entrepreneur, c’est être libre de ses choix, libre de pouvoir évoluer comme on le sent, libre de créer des choses pour les autres et tout cela donne du sens à nos engagements.


Comment favorises-tu l’entrepreneuriat ?

Je milite beaucoup pour que la jeunesse entreprenne ! On pousse encore trop les jeunes à avoir un CDI au chaud. Je préfère initier la jeunesse à l’entrepreneuriat pour que la vision du travail se modifie. Toute sa vie, un jeune, et moins jeune, va changer d’emplois plusieurs fois, voire créer son emploi.

Il faut que les jeunes entreprennent leurs vies.

D’abord, je fais partie du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants). On apprend, on essaie, on partage. Être un bon dirigeant n’est pas seulement sur le plan financier mais surtout sur l’impact que nous pouvons avoir sur la société. Ce travail entre pairs nous permet de créer du lien et des produits qui apportent de nouvelles façons d’être pour le bien de tous. Il ne faut jamais oublier qu’on fait partie d’un écosystème avec des partenaires comme les clients, les fournisseurs, l’État, les instances sociales, etc. Il faut donc raisonner en termes de performance globale : un dirigeant est un chef d’orchestre. Sans les collaborateurs, sans les partenaires, on ne crée rien. Pour aller encore plus loin, le CJD a développé un partenariat avec EPA (Entreprendre pour Apprendre) pour promouvoir l’entrepreneuriat dans des classes de collège. C’est passionnant de voir une classe entière créer une société fictive mais encrée dans le réel.

Ensuite, je donne des cours en anglais sur l’entrepreneuriat à des élèves étrangers en Master in Business à l’Université de Saint Quentin en Yvelines et des cours de management des systèmes d’information pour les DSCG (expert-comptable) de l’ESSYM rattachée à CCI Île-de-France.

Enfin, je suis aussi responsable du club SIAE Perspectives et Stratégies de l’IAE Paris. J’organise des conférences sur des sujets autour des systèmes d’information. Cela me permet de continuer d’apprendre et de rencontrer d’autres types de personnes.


Quels conseils donnerais-tu à un futur entrepreneur ?

Je lui dirais de croire en son idée et de la faire valider. Le plus difficile n’est pas d’avoir une idée, mais de la réaliser, c’est-à-dire d’aller jusqu’au bout de son idée. Pour cela, il vaut mieux être en forme ! Physiquement et mentalement parce que l’entrepreneuriat, c’est dense. Pour réussir, il faut que tout soit au bon moment : la bonne idée, les bonnes personnes, les bonnes finances, les bons réseaux. Il est important de rester conscient qu’un nombre important d’entreprises foire dans les 3 ans. Mais l’échec fait partie de la vie d’entrepreneur.


Quel livre t’a particulièrement marqué ?

Un petit livre qui m’a beaucoup servi : « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » de Robert-Vincent Joule. Avec ce livre, on apprend à avoir des conversations gagnant-gagnant en permanence. Vendre un produit, discuter avec ses collaborateurs, discuter avec des fournisseurs, etc. Tout est communication !