Émilie Auvray L'Appartement Français éditions ContentA

Comment favoriser le développement du Made In France ? Émilie Auvray a lancé L’Appartement Français, à la fois une plateforme qui regorge de produits fabriqués en France pour lesquels chaque impact est expliqué, et un cabinet d’accompagnement des entreprises qui veulent se lancer sur ce marché. Rencontre avec une entrepreneuse engagée pour la transformation économique, écologique et sociale de notre société.


Comment écris-tu « entrepreneur » au féminin ?

Entrepreneure. À l’oral, je dis « entrepreneuse » mais à l’écrit, je mets un e à la fin d’entrepreneure pour bien notifier la féminisation du terme. 


Comment es-tu devenue entrepreneure ?

J’ai toujours ressenti une fibre entrepreneuriale, une envie de faire naître et de créer. Même en tant que salariée, je travaillais en mode intrapreneuriat.

Quand j’ai quitté cette entreprise en 2017, il était inenvisageable de ne pas construire mon projet et de travailler pour quelqu’un d’autre. J’avais envie et la force de passer à l’action, de défendre mes valeurs, d’apporter ma pierre à l’édifice d’une société plus engagée et de laisser encore plus s’exprimer mon leadership. En plus, j’ai eu la chance de ne pas être seule. Avec David Remy, nous avons lancé L’Appartement Français, en gouvernance partagée.


Quelle est la mission de L’Appartement Français ?

La mission de L’Appartement Français est d’accompagner les acteurs de la transformation écologique, économique et sociale, c’est-à-dire les entreprises et les consommateurs.

Côté consommateurs, nous aidons les clients à transformer leur mode de consommation avec beaucoup d’éducation et de pédagogie. Nous essayons de leur faire comprendre ce qu’implique chacun de leurs achats et quels sont ses impacts directs sur l’économie de notre pays, sur l’environnement et sur la société.

Un client a le droit de connaître précisément ces informations quelle que soit la nature de son achat et de faire ses choix grâce à cette transparence. Nous répondons aux questions essentielles comme « D’où viennent les matériaux du produit ? Dans quelles conditions a été fabriqué ce produit ? Comment est réparti le prix de ce produit ? Quels impacts a ce produit ? Etc. »

Les consommateurs français sont de plus en plus fiers d’acheter des produits fabriqués en France et de mettre en avant leur changement. Quand ils ont acheté par exemple un seul pantalon Made in France dans l’année au lieu de 5 pantalons venus de l’autre bout du monde habituellement.

Côté entreprises, nous accompagnons les entreprises du Made In France dans leur création, leur développement et leur transmission grâce à des missions de conseil. Notre activité relève d’ailleurs davantage du coaching. Il n’est pas question de donner des leçons mais bien d’ouvrir la vision des entrepreneurs et d’aider au changement de paradigme. Toute entreprise qui a la volonté de se lancer dans la production française est la bienvenue, même si cette fabrication sur notre sol ne représente qu’une petite partie de son activité. Les entreprises subissent aussi le poids de l’histoire économique qui a connu de nombreuses délocalisations dans les années 80. Un premier pas vers le Made In France est une étape magnifique dans la vie d’une entreprise.


Qu’est-ce qui pourrait développer le Made In France ?

L’aspect production du Made In France est en route. Les entreprises peuvent bénéficier d’un bel accompagnement de la part de nombreux acteurs pour la réindustrialisation de notre territoire. Mais il ne faut pas oublier deux autres aspects du Made In France importants : la distribution et l’éducation du public.

La distribution du Made in France est encore trop timide. Plusieurs acteurs se côtoient :

  • les boutiques multimarques indépendantes. Je suis présidente du collectif des boutiques du Made In France qui comprend 27 boutiques indépendantes multimarques ;
  • les boutiques d’enseignes de Made in France comme le Slip Français, Saint James, La Camif, etc. ;
  • les grands distributeurs comme Amazon, Cdiscount, Auchan, Darty, etc. qui disposent de corners Made in France.

Les grands distributeurs ont les moyens financiers et les boutiques ont les valeurs du Made In France. Tous ces acteurs devraient travailler ensemble pour créer des synergies.

Le principal risque de la distribution du Made in France par ses acteurs majeurs reste le prix. Quand on voit comment les agriculteurs ont dû baisser leurs prix pour être vendus par la grande distribution, il ne faut pas que ce modèle s’applique aux produits Made in France. Le juste prix d’un produit, qui rémunère correctement l’ensemble des intervenants dans sa fabrication, est un aspect majeur du Made in France.

L’éducation du public passe par une pédagogie accrue en direction de tous les Français. Il faut aller plus loin qu’un événement ponctuel comme les French Days des grandes enseignes. Quand le consommateur connaît les effets de sa consommation, il modifie son comportement mais il faut l’informer.

Par exemple, une étude de la fédération indépendante du Made in France a calculé que si chaque Français consomme seulement une fois sur dix du Made in France pour ses achats de prêt à porter et de chaussures, cela permettrait de créer entre 70 000 et 130 000 emplois par an. Une petite modification du comportement a des effets considérables sur son économie, sur notre environnement et sur notre société.


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

L’entrepreneuriat demande du courage et de la résilience. Quelqu’un qui ne développerait pas ces deux valeurs aurait beaucoup plus de difficultés à devenir entrepreneur. Beaucoup de personnes ont des projets magnifiques, des idées qui pourraient changer le monde. Mais elles ne se concrétisent pas parce qu’elles n’ont pas ces valeurs indispensables.

J’ai une vision très architecturale de l’entrepreneur.

L’entrepreneur est la personne capable de construire un pont entre l’idée et la réalisation concrète de cette idée. Il est un constructeur, qui pose des pierres les unes après les autres, de façon réfléchie et cohérente. Une pierre de cet édifice pourra être changée s’il ne convient pas sans que l’ensemble ne s’écroule parce que c’est une entreprise durable, un projet de long terme qui ira au-delà de la vie de l’entrepreneur.

L’entrepreneur doit évidemment pouvoir vivre de cette entreprise, mais ce n’est pas le résultat à 6 mois qui dicte ses choix. Le résultat attendu va au-delà du compte de résultat de chaque année.


Quels livres t’ont particulièrement marquée ?

Le premier livre qui m’a vraiment marquée est « De la performance à l’excellence – Devenir une entreprise leader » de Jim Collins. Grâce à ce livre, j’ai compris ce qu’est un grand leader. De plus, j’ai découvert mes propres qualités de leader pour m’autoriser à être un leader moi-même.

Un autre livre qui m’a beaucoup marquée est « Reinventing Organizations : Vers des communautés de travail inspirées » de Frédéric Laloux. Il est devenu ma Bible. Laloux m’a permis de comprendre que le modèle que j’ai construit en intrapreneuriat avait le droit d’exister. Oui, une entreprise responsabilisante et ouverte peut fonctionner. Avant cette rencontre, je n’avais jamais entendu d’encouragements pour créer ce qu’on appelle une entreprise libérée.

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