David Stut, l’éditeur des entrepreneurs

David Stut, StoryLab

Pourquoi se limiter à une seule activité quand un entrepreneur peut en faire plusieurs ? C’est en suivant ses envies, toutes ses envies, que David Stut est devenu slasheur. Éditeur, galeriste, enseignant, il est avant tout un entrepreneur épanoui. Entre une œuvre d’art et un livre, David Stut présente sa vision de l’entrepreneuriat et la collection dédiée aux entrepreneurs de sa maison d’édition. 


Comment es-tu devenu entrepreneur ?

J’ai commencé par l’intrapreneuriat dans une filiale commune aux Galeries Lafayette et à BNP Paribas. La direction voulait mobiliser les cadres à haut potentiel pour dessiner des projections à dix ans. L’idée que j’ai proposée a plu et nous avons créé une structure, filiale du groupe, une plateforme collaborative de services digitaux pour les personnalités atypiques.

En 2012, je suis approché par le groupe Fabernovel qui cherche quelqu’un pour redresser une société d’édition alternative, AParis. Après des études de psychologie et philosophie, j’ai toujours baigné dans les livres. Devenir éditeur et naviguer dans ce secteur était un rêve. En sept jours, je prends la décision de démissionner du groupe Galeries Lafayette et de devenir entrepreneur. Nous avons réussi à redresser cette maison d’édition, devenant le 18e éditeur en termes de rentabilité, avec près de 50 salariés, en seulement cinq ans.


Pourquoi es-tu devenu slasheur ?

Après 6 ans à la tête de AParis, j’étais devenu un gestionnaire. Comme ce n’est pas ma nature, j’ai préféré quitter l’aventure. C’était le moment idéal pour devenir slasheur, c’est-à-dire quelqu’un qui fait uniquement ce qu’il a envie de faire et qui fait tout ce qu’il a envie de faire.

Pour moi, un slasheur crée un éventail de plaisirs dans une trajectoire professionnelle.

Ce n’est pas quelqu’un qui cumule des activités par contraintes économiques.

Ma première envie était de monter une maison d’auto-édition pour la bande dessinée avec quelqu’un qui dirigeait une imprimerie de photos. Ce projet n’est pas allé jusqu’au bout mais c’est avec lui que j’ai créé ma première activité de slasheur. Yann Arthus-Bertrand, avec qui il travaillait, cherchait à céder une galerie d’art. Cela faisait partie des activités que j’avais toujours rêvé de faire. Nous avons repris le bail et ouvert la galerie Mandarine, avec nos bureaux au premier étage. Quelques mois plus tard, j’ai repris, seul cette fois, une deuxième galerie, Espace 54.

L’aventure des galeries d’art a duré environ deux ans. La lenteur du marché m’a poussé vers le marché de l’art de gré à gré. Maintenant, avec Qui d’Art Dine, j’organise six dîners par an (deux à Paris, deux à Genève et deux à Monaco) qui réunissent seulement dix convives dans des lieux exceptionnels avec pour décors des œuvres d’art inédites.

Une autre de mes envies était de reprendre l’enseignement. Au début de ma vie professionnelle, j’étais prof de philo et j’en gardais un bon souvenir. J’ai donc décidé de reprendre deux sections à l’École supérieure du digital et d’intégrer le jury de fin d’année.

Dans le même temps, je rencontre la présidente de StoryLab qui m’informe qu’elle cherche un repreneur. Après quelques mois d’accompagnement pour redresser le groupe, j’ai repris l’ensemble qui comprend StoryLab, IggyBook et les éditions Le Manuscrit.

Sur ces trois pans, j’ai eu de la chance, au sens où l’entend Philipe Gabillet, professeur à l’ESCP : « la chance est une compétence : celle de gagner les concours de circonstances. »


Quelle est ta mission en tant qu’éditeur ?

Avec les éditions Le Manuscrit, nous diffusons le savoir et les travaux de recherche de laboratoires universitaires français et internationaux (Sorbonne, CNRS, CHSSC, etc.) et aussi tout ce qui a trait au travail de l’Histoire et de la mémoire. Nous sommes par exemple l’éditeur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.)

Le rôle d’un livre est de rendre ces témoignages éternels.

C’est une véritable fierté d’être l’acteur qui permet de maintenir vivants les propos de ces survivants.

IggyBook est un opérateur de liberté. Nous proposons aux auteurs des outils pour créer et promouvoir leurs ouvrages, comme un artisan du livre auto-publié.

Je dirige aussi StoryLab, une maison d’édition qui propose plusieurs collections : de la littérature contemporaine aux polars en passant par les classiques et les essais, et a également une importante activité BtoB en produisant tout un ensemble de services de packaging éditorial pour les entreprises, les think tank, les associations, et bien sûr les éditeurs. Nos clients sont Editis, Amazon Publishing, Démocratie vivante, la SNCF, etc.


Peux-tu présenter la collection dédiée aux entrepreneurs ?

Au sein de StoryLab, nous mettons en lumière la parole d’entrepreneurs qui ont des expériences, des réflexions, des avancées à partager. Les personnalités qui témoignent dans ces livres sont des exemples pour tout l’écosystème entrepreneurial.

Fin 2019, nous avons publié « Human Machine » de Jean de La Rochebrochard qui dirige Kima Venture, le fond d’investissement créé par Xavier Niel, spécialiste des startups et du financement d’amorçage. En plus d’être incroyablement sympa, il a complètement révolutionné le monde des VC (Venture Capital – capital risque) et la manière d’investir. Il a un « nez » incroyable pour repérer les futures pépites et surtout un vrai amour des entrepreneurs.

L’aventure a continué avec Jean-Charles Samuelian-Werve, le CEO de la mutuelle Alan. À 23 ans, après l’école des Ponts, il décide de s’attaquer au marché du siège d’avion. 320 pièces sont alors nécessaires pour fabriquer un seul siège d’avion. C’est très lourd et donc très polluant et coûteux, puisque plus un avion est lourd, plus il utilise de kérosène. Jean-Charles a co-créé la société Expliseat pour proposer des sièges avec seulement 30 pièces, plus légers, plus ergonomiques et qui prennent moins de place. C’est son premier gros succès entrepreneurial.

Issu d’une famille de médecins, il se rend ensuite compte que les mutuelles sont incompréhensibles et décide, en 2016, de créer Alan en six mois avec une équipe incroyable. C’est le premier à obtenir un agrément de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) depuis 25 ans ! Mais au-delà de s’attaquer à un marché sclérosé et de l’exécuter à merveille, il veut surtout une organisation à son image. Alors il ne recrute que les meilleurs du marché, les payent très bien, les fait tous entrer au capital de la société et propose des méthodes d’organisation et de management révolutionnaires pour la France. Chez Alan, les vacances sont libres, les horaires sont libres, les lieux de travail sont libres, il n’y a pas de réunion, toutes les décisions sont toutes écrites et partagées à tous, etc. La seule contrainte est de délivrer le travail demandé au moment prévu au planning. Son livre « Healthy Business », sorti en septembre 2020, permet de montrer ce modèle atypique qui fonctionne aussi avec 300 salariés, et d’ouvrir le débat sur la culture d’entreprise et les méthodes managériales contemporaines.

Au début des années 2000, Patrice X. Thiry était trop en avance sur son temps. Il se retrouve dans une situation financière très périlleuse jusqu’à devenir interdit bancaire. Mais l’entrepreneur, c’est celui qui résiste au stress et qui trouve la solution en cas de galère. Patrice l’a trouvé dans un pivot incroyable et en 2017, il a cédé sa société pour 300 millions d’euros. Il se remémore ses années de galères et livre plein de conseils utiles pour les entrepreneurs d’aujourd’hui dans son livre « Itinéraire d’un entrepreneur à succès » publié en janvier 2021.

Cette collection est désormais l’axe prioritaire de développement et de publication de StoryLab Éditions. Le travail d’orfèvre et d’artisan de luxe que nous y déployons a d’ores et déjà attiré beaucoup d’autres personnalités. Nous avons de grandes ambitions sur ce créneau pour les années qui viennent.

Il y a tellement de personnalités entrepreneuriales incroyables et il est tellement primordial de partager leurs histoires !


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

Un entrepreneur est quelqu’un qui fait, qui agit. Il a envie de liberté et assume la responsabilité que cette liberté apporte. Ce n’est pas l’idée qui fait l’entrepreneur, c’est l’exécution de l’idée.

L’entrepreneuriat demande un état d’esprit de combattant.

L’entrepreneuriat ne correspond pas à la vision idyllique qui est parfois véhiculée. C’est violent de monter sa société : il faut aller chercher les clients avec les dents, il faut endurer les réveils à 3h du matin quand tu ne peux pas payer tes salariés !


Quels livres t’ont particulièrement marqué ?

Ma passion de la littérature est venue avec la Comtesse de Ségur. Je suis entré dans le monde de la lecture avec « Le général Dourakine » et j’ai dévoré tous les livres de la Comtesse de Ségur.

Ensuite est arrivé le choc de « L’écume des jours » de Boris Vian. J’ai découvert qu’on pouvait inventer des mots, que ces nouveaux mots créent un univers, que les mots sont manipulables tout en gardant un sens. Cette plasticité de la langue m’a fasciné.

La langue et l’univers de Dostoïevski m’ont aussi émerveillé, surtout avec « L’idiot ». Dostoïevski est un auteur d’une puissance colossale. Ses descriptifs sont incroyables, y compris dans le domaine psychologique.

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