Laurence Kerjean, l’entrepreneure de notre santé mentale

Photo couverture - Laurence Kerjean - CaptainZen - éditions ContentA

Après une carrière marketing dans les plus grands groupes, Laurence Kerjean décide de devenir entrepreneure. Une première expérience entrepreneuriale qui s’achève n’entache en rien sa motivation. C’est avec un projet qui prend soin de notre santé mentale que Laurence Kerjean revient sur la scène entrepreneuriale, pour notre plus grand bonheur.


Comment écris-tu « entrepreneur » au féminin ?

Entrepreneure.


Comment es-tu devenue entrepreneure ?

Par évolution ! Devenir entrepreneure a été un long processus. Je pense que je l’ai toujours été mais je n’avais pas un bagage suffisant.

Issue d’une famille très simple (aucun de mes parents n’a le bac), j’ai voulu faire des études. J’ai commencé par Science-Po mais je ne voyais pas travailler dans le service public, j’ai continué avec une école de commerce. J’ai eu la chance de tomber au bon endroit au bon moment : d’abord dans le groupe LVMH qui m’a confié, à 24 ans, la responsabilité du marketing de la marque Louis Vuitton en Espagne pour l’Espagne, le Portugal et le Maroc ; puis chez Selfridges en Angleterre et enfin au sein du groupe L’Oréal en Angleterre puis en France. 

Au début des années 2000, le CRM (Customer Relationship Management) en était encore à ses balbutiements. Je me souviens qu’on envoyait des bases de données à des agences qui nous retournaient des résultats par fax ! Maintenant, on fait tourner des bases de données en appuyant sur un bouton…

Au bout de 13 ans chez L’Oréal, je faisais plus de la politique que du business. Mon évolution personnelle ne correspondait plus à mon évolution dans cette société. J’ai décidé de monter une première structure, Lefrigojaune.


Qu’as-tu appris avec cette première expérience de l’entrepreneuriat ?

C’était un grand saut dans l’inconnu, surtout que mon mari est aussi entrepreneur et que personne ne pouvait assurer nos arrières.

Lefrigojaune était un service de récupération des invendus des cantines professionnelles pour une redistribution aux personnes dans le besoin. Mais nous nous sommes heurtés à des lobbys très puissants. J’avais grandi dans les pires quartiers de Marseille et je me retrouvais dans les plus beaux palais de la République à discuter avec Nicolas Hulot et Benjamin Griveaux. Je n’avais pas choisi l’entrepreneuriat pour faire du lobbying.

Cette première aventure entrepreneuriale m’a fait prendre conscience qu’il est possible d’avoir de l’impact avec une entreprise. J’ai plus appris pendant ces deux ans et demi que pendant tout mon parcours salarié. J’ai pris confiance en moi en discutant avec tous ces chefs d’entreprise et je me suis découverte des ailes !

J’ai aussi réussi à me reconnecter à moi-même et à supprimer la dichotomie entre ma personnalité et mon travail. Le salariat m’apportait un confort financier mais un inconfort psychologique. En devenant entrepreneure, je n’avais plus de confort financier mais j’étais en accord avec mes valeurs.

En 2020, mon amie psychologue, Elsa Langlasse, que je connais depuis plus de 20 ans m’a parlé d’un grand projet pour prévenir le burn-out. Ensemble, nous avons imaginé et créé CaptainZen. Nous sommes très complémentaires et bien alignées sur de nombreux sujets.

Notre enjeu est de nous affirmer en tant qu’entrepreneures et de rester à l’écoute de notre environnement autant que de nos intuitions.


Quelle est la mission de CaptainZen ?

CaptainZen est la première plateforme intelligente entièrement dédiée à la santé mentale et aux médecines douces.

La mission de CaptainZen est de déstigmatiser la santé mentale et de la rendre accessible à tous, à tous les âges et à tous les symptômes.

L’utilisation du digital permet de faciliter la rencontre entre les personnes et les praticiens. Troubles du sommeil, douleurs chroniques, anxiété, addictions, troubles alimentaires, etc. nous prenons en compte la santé mentale sous toutes ses formes. Nous proposons environ 20 pratiques différentes de la naturopathie, à la psychologie, en passant par la sophrologie, l’hypnothérapie, la médecine chinoise, etc. en France pour le moment.

Sur notre plateforme, la recherche s’effectue par âge et par symptôme et notre algorithme intelligent propose les bons praticiens à rencontrer et les bons contenus entièrement gratuits à consulter entre 2 rendez-vous.

L’Institut Montaigne avance le nombre de 12 millions de Français (soit une personne sur 5 !) qui présentent un trouble de la santé mentale, quelle que soit sa forme. Et ce chiffre date de fin 2019 donc avant les confinements et la crise sanitaire !

Un autre chiffre inquiétant affirme que 72 % des Français qui sentent un mal-être ne vont pas au bout de leurs démarches pour aller mieux. Quand une personne se sent mal mentalement, soit elle est bien entourée et dirigée vers une forme de thérapie ou des médecines alternatives, soit elle est complètement perdue face à ce qu’elle ressent, surtout si elle a autour d’elle des gens pour lui dire qu’il suffit qu’elle se « mette un coup de pied au cul » pour aller mieux ! Personne n’oserait dire ça à quelqu’un qui a de la fièvre.

Notre ambition est de proposer une approche multidisciplinaire pour anticiper les diagnostics et accompagner la remédiation sur un temps bien plus court qu’actuellement. En moyenne, il faut 6 ans pour poser un diagnostic sur une maladie mentale !

Nous n’avons pas pour but de vendre les données récupérées. Notre activité repose sur la recherche et les tests cliniques pour améliorer les diagnostics en santé mentale.


Qu’est-ce que la santé mentale précisément ?

L’OMS (Organisation mondiale de la santé) définit la santé mentale comme « un état de complet bien-être physique, mental et social et [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Avoir une bonne santé mentale ne correspond pas seulement à une absence de mal-être physique.

Ce n’est pas parce que tu n’as pas de fièvre que tu vas bien.

Notre objectif est de faire prendre conscience à la population que la santé mentale ne se règle pas uniquement sur un divan. Le mal-être mental est aussi un dérèglement chimique. Pourquoi tout le monde comprend bien l’intérêt de faire régulièrement un bilan de santé physique mais pas de santé mentale ?


Qu’est-ce qu’un entrepreneur selon toi ?

Un entrepreneur est une personne qui a, non seulement le bon projet, mais qui l’a au bon moment avec les bonnes personnes. Un entrepreneur doit être capable de piloter son projet tout en écoutant son environnement pour évoluer en fonction.

Le premier entrepreneur, c’est Christophe Colomb !

Christophe Colomb est un italien qui part conquérir le monde sous drapeau espagnol. Il est allé chercher des fonds chez tous les plus grands d’Europe avec beaucoup de culot et une belle promesse de retour sur investissement. On lui a ri au nez, on lui a tout refusé, il s’est heurté à tellement d’obstacles avant d’obtenir ce dont il avait besoin. Sa candeur et son acharnement me font penser à un entrepreneur. Comme Christophe Colomb, un entrepreneur part pour découvrir un continent et finalement en trouve un autre !


Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Le premier conseil est de bien s’entourer, y compris dans sa vie privée.

Le deuxième conseil est de toujours partager son projet. La plus grande erreur est de ne pas parler de son projet. Il faut parler de son projet au plus de monde possible.

Une idée ne vaut rien. La valeur d’un projet tient dans son exécution, dans sa réalisation, dans sa concrétisation, pas dans l’idée. Une même idée peut aboutir à 10 projets différents.

Enfin, il ne faut pas croire que l’entrepreneuriat est réservé à la jeunesse. On peut entreprendre après 40 ans. Notre expertise du monde du travail est bien utile à cet âge, nous sommes moins arc-boutés sur la perfection parce que nous avons moins de temps à perdre. Nous sommes plus efficaces et nous allons plus vite.

Pour mes projets, je teste, je fais, si ça marche tant mieux, si ça ne marche tant pis, je refais et j’avance.


Quel livre t’a particulièrement marquée ?

Le livre qui m’a le plus marqué est « Le joueur d’échecs » de Stefan Zweig. Je le relis régulièrement et j’apprends quelque chose à chaque lecture. J’aime beaucoup cet auteur, sa complexité, y compris la complexité de sa vie. Dans chacune de ses nouvelles, je retrouve une part de moi. Mais « Le joueur d’échecs » reste mon préféré parce que c’est le premier que j’ai lu et par lequel j’ai découvert Zweig.

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